Patrick-Pierre Roux

Extraits de « L’ombre des étoiles » Roman inédit

1« Est-ce maintenant ? » La page nue est un silence qui invite. Concentrer en soi l’immanence, accommoder le “chant’ des possibles, intercéder dans l’arpège des mots. Concevoir ce qui échappe, le courser en le formulant, l’intimer en le promouvant. Mais savoir, oui savoir, que l’œuvre projetée ne sera jamais réalisée, que l’imaginaire prend toujours des chemins de traverse. Et les spéculations, les desseins qui président à l’acte, l’ayant nourri d’attentes, d’espérances, se voient toujours désarçonnés par l’incarnation. Toute création matérialise une dérive buissonnière, n’est jamais l’idée, mais seulement sa subsistance. L’écriture demeure un lent ressassement d’espace, fourbissement de choix, phrases et paragraphes hoquetés d’atermoiements, de redites, de rebuffades, d’essais, de biffures, de tons enfin donnés… telle la liberté respire. Comme un peintre, par petites touches successives, concrétise sa vision, souscrire au tâtonnement du discours et en faire son miel, surpris, enfin surpris, témoin de l’évidence de la terre promise. Écrire crie, dans l’errance, le cheminement illimité. Écrire lie, nous lit et nous désigne. Écrire vit, la vitalité de l’instant formulé, faiseur de feu. Décrypter… Nombreux s’y sont essayés. Dénouer l’alchimique lien. Paradoxe de l’écriture : par des mots, de simples mots, tenter d’en dévoiler le secret ; investir le Verbe par le Verbe, autant dire cerner l’outil avec l’outil, l’intime par l’intime, la résonance dans la résonance. Quête tautologique, impossible dénouement de l’ellipse. L’écriture surajoute son mystère au mystère des êtres.

(…)

Partir ! Prendre ses distances tant qu’il est temps encore, voir autrement et en d’autres lieux, en sachant qu’au final ce sera tout à fait égal, qu’il n’y a pas d’issue, mais au moins, au moins s’épargner des regrets. Une destinée ressemble à ces complexions géologiques qu’on nomme joliment ‘cheminées de fée’. Sorte de colonnes naturelles faites de roches sédimentaires dont le sommet basaltique plus résistant à l’érosion semble posé comme un chapeau chinois. Magnifiquement érigées telles des verges gigantesques dans un univers lunaire rubescent. Elles symbolisent l’existence soumise au temps ; le temps qui agresse, corrompt, use par strates, transforme imperceptiblement, sournoisement façonne une destinée, jusqu’à ces développements improbables pointant le ciel comme un défi. Et des vestiges qui subsistent, l’histoire n’en conserve jamais qu’un caillot de signes.

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