Patrick-Pierre Roux

Extrait : « Les disparus de l’Aube-Morte » 2016

disparus1Le groupe de curieux s’éparpilla, jusqu’à se dissoudre, laissant derrière lui la traîne d’un murmure. Comme après un orage, le bourg de Saint-jean retrouva peu à peu calme et sérénité. La vie reprit sens Commun, chacun put à nouveau vaquer à ses habitudes. Les cloches de l’église, imperturbables aux aléas terrestres, persistèrent à sonner les heures ; le temple reformé garda son quant-à-soi ; le facteur expédia sa tournée ; deux vieilles, chez le boucher, cabas de circonstance, taillèrent une bavette ; à la recréation, les écoliers assourdirent tout le voisinage ; des piliers de bar, entre lectures de l’équipe, grille du loto et du tiercé, en profitèrent pour trinquer a la mémoire de leurs coreligionnaires assassinés ; le médecin prescrit force ordonnances ; le pharmacien délivra force médicaments ; l’épouse de Maitre Piquer, huissier de justice, rejoignit son amant au petit trot ; à la maison de retraite, on déplora un décès par manque de savoir-Vivre.
Et puis, dans quelques jours ce serait la nouvelle édition du festival de musiques traditionnelles et populaires « Boulegan a l’ostal » et son salon international des luthiers ! Tout le bourg s’y préparerait dans l’allégresse, en installant calicots, chapiteaux et tréteaux. Une manifestation écolo qui prenait chaque année plus d’ampleur, attirait adeptes de la ruralité, jeunesse libertaire et vieux baba cool. Danseurs, musiciens amateurs et passionnés, luthiers et facteurs d’instruments venus de France et d’ailleurs, tous rassembles pour une fête occitane aux accents médiévaux.
Trois pleines journées où l’on tacherait d’oublier les soucis quotidiens, le chômage endémique, et même l’affaire des cinq petits vieux. Trois jours ou Saint-jean et ses environs vibreraient aux sons de nombreux groupes et d’individus – musiciens amateurs ou semi-professionnels – qui exécuteraient des bœufs non policés, hypoallergéniques… « Bio », quoi ! Où luthiers et facteurs présenteraient à des visiteurs curieux, des centaines d’instruments du bon vieux temps d’avant l’électronique. Et puis on danserait, tard dans la nuit, on danserait jusqu’au troisième jour – rondes et bourrées –, jusqu’à minuit – gigues et maraichines – ; on danserait, jusqu’à l’envol de dizaines de lanternes magiques !

Extrait « Les disparus de l’Aube-Morte » paru en 2016plus d’info.

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