Patrick-Pierre Roux

Où va la mer ?

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(cc0) quangle


À Josette

I

Où va la mer ?
Où vont les vagues ?
Immémoriaux
opiniatres
Sacs et ressacs
intensément
baignent les rives attentives

II

Flambe
dans la marée
L’instant
de la lumière
Ou le désir
d’y parvenir
L’avenir sonde
à en être ivre

III

Une gifle
tremble de sable
Aux ondées 
passantes
Ancienne
de dentelles de pluies
Lames
au-delà du rivage

IV

La vie s’achève
l’oiseau fuit
L’oiseau d’écume
Dont l’envol
couve les dunes
Que le vent
suspend

V

Mais la vie
ne s’y satisfait
Le passé
ne s’y départit
Juste l’instant
qui fait
Que la vague
s’envase

VI

Au tempo
maritime
Une eau-forte
griffée
Embruns
des souvenirs
Tant de fois suscités
s’enluminent

VII

La mer
la mer!
Saoule
d’éternité
Ranime
les navires
Vaisseaux
fantômes d’illusions

VIII

Flux et reflux
de la mémoire
Du levant
au ponant
Emporte l’océan
Vers le pourquoi
de l’horizon

IX

La pluie
aux notes éblouies
Lustrée de vagues
traversières
Moire 
le temps
D’un présent
imaginaire

X

Songe
qui se prolonge
Au sablier
des âges
Serein
comme un mensonge
Que la bruine
dément

XI

C’est par la voie 
des grèves
Plages
inaltérées
Traces
thésaurisées
Des pas 
qui s’accomplissent

XII

Dans les empreintes
vives
Où l’onde
se dissout
D’attentes enfantées
et de répétitions
Où va la mer ?
Où vont les vagues ?
(Sept.2012)



Extrait : « Les portes battantes » 2012

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(cc0) ahmadreza sajadi


À Jean-Jacques

I

Et maintenant fermer les yeux s’endormir
l’unité du monde sur des rives chuchotées
dormir d’un seul tenant au lion de la nuit…

II

Le temps
c’est une minute oubliée
les plages sont immenses à la montée du soir
le ponant du soleil fait les sables violets
et l’écume ponctue la vague
comme un râteau d’éternité

Le temps
à la sanguine du couchant
c’est la mémoire des absents
tous ces visages de fumée
comme caillots de vérité

Le temps
incommensurablement vide
de tout le trop plein qu’on y met…

III

Au mirage de l’horizon
le temps rejoint l’espace
où le vent nidifie…

Les oiseaux tombent
vers la mer
qui bât des vagues
le spectacle murit la dune
l’éternité d’une mouette

Immense…

La nuit prolonge l’océan
la houle sans cassure
du futur au passé le présent dilué
au sablier d’écume
l’alexandrin marin baigne des orques bleus

Qu’elle est la voie du temps ?

Jadis
la chance préserva l’enfance
des marées
puis vint la mort adulte
dissipant l’illusion à la corne de brume
au roulis désormais de la mélancolie

Image naufragée des parents

Le flux du souvenir a fait frémir l’instant
la vie perpétuée
immense
borne la solitude des brisants…


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